La fête des mères est déjà passée. Celle des frères n’existe pas. On me dit que celle des grand-pères et des grand-mères existe déjà. Celle des enfants, c’est tous les jours. Être père ou mère, c’est tous les jours une célébration. Mais célébration et routine se marient mal. Il nous faut des rites, des anniversaires, des fêtes. Le conventionnel est ici ce qui fait tout le sel de la chose. A vouloir se distinguer, on perd justement le goût des choses. Il faut de l’abnégation pour n’être que soi parmi les siens. Pour n’être que soi tout court. Certains jours, je rêve d’ailleurs, d’inconnu, d’extravagance. J’ambitionne d’avoir choisi ce que je suis et avec qui je le suis. On n’est jamais certain d’avoir choisi, d’avoir voulu. Il faudrait célébrer le hasard, la chance, la nécessité, célébrer des choix, des tournants et commémorer des renoncements quand bien même ne pourrions-nous jamais précisèment les dater. D’où l’importance et l’imposture de la date, le dérisoire ou l’ironie de toute célébration-commémoration. Je suis né tel jour, tel saint porte mon nom ou je porte le sien; tel maréchal, en pleine débâcle nationale, a décrèté la fête des mères françaises. Ici, sur la photo, nous sommes en train de déjeûner dans les galeries Mokotov à Varsovie, le 24 février, fête nationale estonienne, fête des Isabelle et des Jean-Baptiste, fête nationale du Québec. Nous avons commandé des schnitzels. Christophe est en visite, quelques jours. L’année prochaine, ce sera son tour d’être fêté. Comme papa. Et la maman se prénomme Isabelle. Une petite fille attendue pour la fin août. Pour ce qui est de la soeur de Marie, avant-hier, le docteur a affiné son diagnostic: Lydia devrait accoucher vers le 28 juillet, dit-il, fête nationale du Pérou, fête des Samson. Il s’en fera de peu que nos deux filles soient nées le même jour. Ceci dit, trois jours d’écart nous maintiendrait dans la stricte tradition familiale : il y a aussi quatre ans et trois jours d’écart entre Christophe et moi.
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