08 janvier 2007

Réchauffement climatique


Un bonhomme de neige est venu ce matin frapper à la porte. Il avait chaud, le bonhomme de neige. Il était de la veille, moulé à la main, dans des gants d’adulte et d’enfant, roulé dans la neige, deux boules que l’on avait mises en avalanche de façon à leur donner le volume de l’emploi. Le buste, les jambes, deux bras, des cheveux de paille, une carotte pour le nez et deux coquilles de noix pour les yeux. C’est Marie qui a ouvert la porte. Le bonhomme de neige geignait à cause de la neige qui fondait, des toits ruisselants, des defilés de gouttes dans les gouttières, les caniveaux et sur les pare-brise des voitures. Il réclamait, il exigeait un peu d’ombre, un soupcon de gel histoire de se refaire une stature, de ne pas perdre de son aplomb. Mais c’était trop tard. Sur le pas de la porte, déjà le bonhomme de neige s’affaissait. Les bras lui en tombaient et sa couronne d’épines lui glissait dans le dos. On l’aurait presque entendu transpirer. Des vapeurs s’échappaient de ses poumons de glace. Les coquilles de noix flottaient dans le ruisseau. Il ressemblait maintenant à un extra-terrestre, le bonhomme de neige, avec des antennes en épis et des formes incongrues, à la façon des demoiselles de Picasso. Il ne lui restait plus qu’à prendre ses jambes à son cou, à se déverser, à s’écouler, à s'évaporer. Il ne parlait plus, le bonhomme de neige, il avait maintenant cessé de geindre. Il n’y avait d'ailleurs plus de bonhomme et plus de neige, de l’eau seulement. Marie n’était pas triste pourtant. Tout se retrouve et rien ne se perd, comme disent les chimistes. Désormais, un fantôme de bonhomme de neige se promène par les rues du village. Au premier gel, il reprendra forme et vie. En attendant, on lui a retiré sa carotte. On l’a coupée en rondelles, on l’a mise à cuire et on l’a mangée le soir même, en pot au feu.

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