17 février 2006

l'enfant pose

de la cendre est tombée entre les lattes du parquet, lui, en costume sombre, le menton luisant, il tient sa cigarette haut perchée, à la manière de ses précieuses manucures qui mettent un point d’honneur entre leur bouche et chaque cigarette,

en retrait, assis de biais sur une chaise empaillée, prêt à déguerpir, un enfant endimanché, le sourire un peu jaune, les yeux mangés par les reflets, derrière lui, l’horloge à lacets que dénouent les heures et le passé, l’horloge et ses péages, ses buffets, ses rebuffades,

dans le coin gauche du tableau, le peintre, par espièglerie, a glissé un lézard que l’on cherche partout à présent, partout, sous les sophas et les meubles cathédrales, entre les barreaux de chaise et sous les tapis roulés dans la lumière,

mais qu’importe puisque nous avons vendu la maison et tous les tableaux, puisque nous avons placé partout des scellés et saupoudré de mort-au-rat les plinthes, le pas des portes, le rebord des fenêtres jusqu’aux vieux cadres dorés,

la pose s’éternise, à deux, trois reprises, le peintre éternue à cause de la poussière, la fenêtre est grande ouverte mais pas un souffle d’air ne monte jusqu’à nous, au fond du jardin, derrière le poulailler, suintent encore les moignons de fourmilières,

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