| Marie et Giulia |
Toutes deux ont repris le chemin de l’école sans trop d’appréhensions, avec de l’impatience même car après deux mois de vacances en compagnie exclusive de « grands », il faisait bon retrouver les copines et les copains : Alice, les deux Linda, Giulia et quelques autres pour Marie ; Arthur, Laura et quelques autres pour Lisa.
Et voici quelques photos cueillies ce premier jour de l'année scolaire sous le
préau de l’école primaire.
Ce matin, Marie s'est passé sur les lèvres du brillant à lèvres. On lui explique qu'à l'école, non, elle ne peut pas faire cela, cela n'est autorisé que les jours de fête. Furieuse, elle va dans les toilettes l'effacer à la va-vite. On se dit avec Lydia que ça y est, on y est: l'adolescence commence tôt.
Et elle dure longtemps. Je ne suis pas sûr d'en être jamais sorti de l'adolescence. Il a fallu devenir père pour cela. C'est un âge en suspension au-dessus du temps, le temps du doute, de la rage et de l'artifice. Je suis Marie pas à pas, je me sens par moments devenir un papa sévère à l'ancienne, j'aimerais tant qu'elle apprenne à aimer ce qu'elle a et tout ce qu'il y a à connaître, sans passer par la case des minauderies et contorsions d'ados, cette soif imbécile de strass, gloss et glamour, cette frénésie d'apparences, ce goût hystérique du commérage. Qu'elle ait suffisamment confiance en elle pour se passer de cela.
Mais évidemment, ça ne marche pas comme ça. Surtout ça ne se commande pas. Et c'est plus compliqué.
En attendant, elle voudrait un cochon-dinde et depuis déjà six mois, nous gagnons du temps.
En attendant, elle adore la viande mais ne supporte pas que l'on fasse du mal aux animaux. Et même que les animaux se fassent du mal les uns aux autres, les prédateurs à leurs proies. L'autre jour, voyant un tombereau de moucherons pris dans une toile d'araignée, elle fend de la main le garde-manger de la malheureuse araignée. Elle n'avait qu'à manger de l'herbe, martèle-t-elle quelques heures plus tard devant un beefsteak bien saignant.
Sans cesse les enfants nous obligent à nous remémorer notre propre enfance. Comment étais-je à son âge ? Je me rends compte que jusqu'à maintenant, c'est quelque chose que je ne faisais pas, me souvenir de l'enfant que j'étais, ou que je n'en avais que des idées toutes faites, statufiées dans le temps. Quand je me revois, les émotions me manquent, je ne suis pas sûr de savoir ce que ressentait vraiment cet enfant qui était moi. Il y a quelques épisodes qui donnent l'illusion du contraire mais il manque une ligne de continuité, une cohérence d'ensemble. Aujourd'hui, c'est un fantôme. Marie le frôle quand elle me demande si j'aimais l'école: je dis que "non" mais je n'en suis pas sûr. Un autre jour, parce que ça tombait à pic dans la conversation, je lui ai répondu que "oui". Curieusement la contradiction lui a échappé. Ce qui m'arrangeait. En fait, je crois surtout qu'alors je voulais grandir le plus vite possible comme si l'enfance n'était qu'un labyrinthe dont il faudrait sortir le plus rapidement possible. Cela n'a rien à voir avec une enfance heureuse ou malheureuse.
Marie n'est pas pressée de grandir.
"Quand je serai grande, je m'occuperai des animaux, j'aurai un cochon-dinde et plein d'autres animaux. J'empêcherai qu'on les tue, qu'on les mange."
Elle a vu l'autre jour ce reportage qui annonçait l'inexorable décrue de la consommation de viande d'ici le milieu du siècle. L'élévage nécessitant de l'eau en fortes quantités et la consommation de viande n'ayant cessé de s'accroître au cours des quarante dernières années (de manière exponentielle en Chine ces dernières années), il faudra nécessairement que l'humanité se fasse moins carnivore. Marie bien sûr triomphait.
"Quand je serai grande, je m'occuperai des animaux, j'aurai un cochon-dinde et plein d'autres animaux. J'empêcherai qu'on les tue, qu'on les mange."
Elle a vu l'autre jour ce reportage qui annonçait l'inexorable décrue de la consommation de viande d'ici le milieu du siècle. L'élévage nécessitant de l'eau en fortes quantités et la consommation de viande n'ayant cessé de s'accroître au cours des quarante dernières années (de manière exponentielle en Chine ces dernières années), il faudra nécessairement que l'humanité se fasse moins carnivore. Marie bien sûr triomphait.
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