Les saisons passent. Nous attendons une petite fille pour l’été. La neige ici, les fraises là. Varsovie se barbouille de coulis de fraise. A chaque carrefour ou coin de rue, on vend des barquettes de fraise, longues comme des péniches. Tous les marchands livrent leurs lots de fraise dans ces mêmes barquettes et une fois qu’on en possède une, il suffit de se presenter avec aux éventaires et l’on vous la remplira aux prix des fraises, barquette déduite. Marie comme sa mère est une âme à fraises, et l’une comme l’autre en écument des barquettes entières. Ca sent partout la fraise, dans les éviers et lavabos jusque sur les nappes, traces sanguinolentes du crime de gourmandise. Au fond du jardin, nos fraises ne sont pas encore mûres. Chaque année, la récolte se raréfie. On en remplirait pas une barquette. La chaleur est revenue, quasi tropicale en ce début de semaine, tempérée depuis hier. La ville déborde de végétation. Aux bouches de métro, des vieillards vendent du muguet. D’autres vendent des dvd à la sauvette et tout un bric à brac de vaisselles, ustensiles en tout genre, livres écornés, appareils ménagers d’une autre siècle. Aux terrasses de restaurant, on commande des asperges en sauce et des soupes froides à la betterave et au yaourt. Lydia revient du Turkmenistan. Nous n’avons pas encore de prénom pour la seconde. Les saisons passent, l’été sera chaud, nous dit-on. Je regarde les photos de l‘hiver dernier, le jardin dans la torpeur neigeuse et aujourd’hui, l’herbe à peine coupée qui repousse, le noyer qui ploie sous un tombereau de feuilles larges comme des mains. Marie apprend à compter sur ma main. Et j’apprends à compter les saisons dans le temps qui passe, d’elle à sa soeur à naître.
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