
C’était hier le jour de l’indépendance de la Pologne, celle de 1920, perdue par la suite, retrouvée quelque soixante neuf ans plus tard. Nos voisins ont sorti les drapeaux. Dans quelques jours, auront lieu les élections municipales. En attendant, le ciel est un tumulte, bourrasques, pluie battante, trouées bleues, par intermittences. Les nuages, à présent, se disloquent et filent à toute allure, à la maniere de dirigeables. Marie dort encore. Lydia est à Strasbourg où elle a retrouvé sa soeur, venue en train de Nîmes. Hier, nous étions, Marie et moi, conviés à l’anniversaire du fils d’une collègue. Jay, c'est son prénom, marche, court sur ses quatre ans. Une vraie boule de nerfs dont Marie préféra se tenir à distance respectueuse. La principale attraction était ailleurs, dans la présence de deux chats que l'on n'apercut d'abord que fugitivement, le long des fenêtres ou dans l'embrasure d'une porte. Ce n'est qu'à cette vision que Marie sortit de sa torpeur. Jusque là, le joyeux tintamarre de la marée d'enfants qui s'ébattait autour de nous l'avait laissée plutôt rêveuse. Elle s'aggripait à moi, pleurnichait dès que je faisais mine de la laisser à terre. Seuls les chats me permirent de rejoindre enfin l'assemblée des parents. Marie les mit aussitôt en demeure de se laisser approcher, toucher, caresser mais les deux compères n’y consentirent que bien plus tard, une fois la paix domestique rétablie. On les vit alors s’écouler, s'alanguir de pièce en pièce, ronronnant après leur pâtée. Marie put alors passer sa main dans leur pelage, de l’échine jusqu’au bout de leur queue tirebouchonnée. Nous avons dîné là et ne sommes rentrés que pour aller directement nous coucher. Marie s’est endormie, sans histoire, sinon celle du cheval bleu qui, en l’absence de son maître, enfile ses bottes et son pantalon. Elle serrait dans son poing une figurine de chat chipée dans la chambre de Dasha (si je m’en tiens à la mine déconfite de celle-ci quand nous nous sommes séparés sur le perron). Le ciel est de nouveau gris, les chiens sentinelles s'impatientent sous les drapeaux détrempés. Selon les croyances anciennes polonaises, le blanc représenterait la pureté morale et le rouge, le feu et la combativité. Mais Novembre ne se prête à rien de la sorte.
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