
Ce matin, il m’a fallu pas moins de sept sacs poubelle pour enfourner les feuilles mortes amoncelées dans le jardin. Je les ai ensuite alignés le long du mur, sous la terrasse, sans trop savoir comment m’en débarrasser. Si je les place dans l’entrée, les camions poubelles les laisseront probablement sur place. Ce n’est pas compris dans le tarif. Toujours est-il que le jardin est de nouveau parfaitement net et dégagé, prêt à accueillir les premières neiges. Entretemps, notre petite sorcière continue d’amuser et d’accompagner Marie comme en témoigne cette photo prise il y a quelques jours, au petit déjeûner. Marie lui parle non pas comme à une amie – il n’y a rien pour le moment entre l’amour des parents et la foule menaçante des “autres” – mais comme à un personnage arraché momentanément au monde des dessins animés. La sorcière est sommée d’apparaître quand le besoin se fait sentir de comparer les désirs, les peines, les comportements face à l’adversité et simultanément, d’éprouver l’ivresse du pouvoir d’imposer à cet alter ego les mêmes épreuves que celles auxquelles elle se trouve elle-même soumise. La faire pleurer, contrarier le moindre de ses désirs, la forcer à manger, la punir en l’envoyant dans sa chambre. Et Marie de hausser les sourcils, de tempêter et de lever le doigt au ciel. Puis de rire, les yeux brillants, face au dépit de la malheureuse sorcière. Je me disais qu’au fond, ce jeu-là ne cessera jamais. Il changera seulement de formes. Il deviendra civil, se civilisera. En attendant, la bouche de la sorcière s’est fendue pour cause de mauvais traitements et elle ne compte plus les bleus à l’âme, quoique son âme soit inaltérable, increvable. Ce qui en fait une merveilleuse, idéale compagne de jeu, jamais contrariante, toujours disponible et froussarde comme pas possible (elle aussi a peur d’aller à l’école...).
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