21 mars 2006

Jeter l'hiver au ruisseau

A l’école, ce matin, comme je suis sur le point de fermer la porte derrière moi, l’institutrice m’interpelle. Elle me demande comment l’on fête l’arrivée du printemps en France. En Pologne, dit-elle, la tradition est de jeter l’hiver dans la rivière. Elle a dans l’idée de faire connaître cette tradition aux enfants par des travaux de decoupage, je vois sur la table un amas de papier crépon de couleur grise. Je dois bien admettre que je ne connais pas de coutume Française associée à l’arrivée du printemps, sans doute existe-t-il des coutumes locales, dis-je, mais je n’en connais pas. Comment en connaîtrais-je, moi qui n’ai vécu en France que d’école en école, sans racines nulle part en France ? Internet, le lieu par excellence de tous les déracinés de la terre - et du ciel -, saura peut-être combler mes lacunes. Le fait est que l’association des mots “coutumes” “traditions” “France” ou “Françaises” ne donne guère de résultat. Je me trouve propulsé vers des sites qui évoquent bien les us et coutumes associés à l’arrivée du printemps mais ceux de la Suède, du Japon, de la Chine et de la Nouvelle-France mais rien au sujet de l’ancienne. Sans compter que la formule “us et coutumes” tend à me faire basculer de l’autre côté de l’Atlantique vers une mosaique de sites consacrés à l’antagonisme culturel entre le nouveau monde et le pays des Lumières. Retirant “us”, je verse aussitôt dans le “pittoresque”: une multitude de sites qui, de nos traditions, ne retiennent que les recettes de cuisine, les recherches généalogiques (auquel cas un changement d'aiguillage, de nouveau, me fait bifurquer vers des sites mormons d’outre-atlantique) et les gîtes ruraux pour passer en famille les vacances de Pâques. Je renonce à “coutumes” et opte pour “traditions”. J’aligne “France” “traditions” “printemps”: en tête de liste, le site des Chinois de France (il n’y a décidément de printemps que chinois). Le site recommande le livre d’un certain Picard ou Picquard consacré à l’Empire Chinois avec ce seul commentaire sur la jaquette du livre: un regard inédit sur la Nation qui construira le XXIème siécle”. Me voilà donc projeté ailleurs dans l’avenir alors que je m’enquérrais du passé ici même (ou du moins, là-bas d’où je suis). En second vient encore une fois le site de la France-pittoresque qui présente cette particularité qu’une fois propulsé sur ses pages d’ouvertures, on ne peut faire marche arrière. Tourisme, patrimoine, gastronomie, point de traditions, on parle plutôt de “legendes”, c’est sans doute plus attractif. Ah, non, il y a bien une fenêtre ouverte sur nos "traditions" mais toujours rien au sujet du printemps. Il faudrait que je sache me repérer dans le labyrinte des fêtes religieuses. Par exemple, il est question du jeudi saint qui commémore le dernier repas du Christ, l’eucharistie et le lavement des pieds des apôtres par le Christ. Tout cela est quelque peu obscur pour moi. La religion ne m’a jamais été enseignée. Je suis donc bredouille. J’espérais pouvoir donner à l’institutrice polonaise quelques exemples de traditions Françaises. A ce jour, tous les printemps (trois avec celui qui commence aujourd'hui) de Marie ont été polonais. Autant se pencher sur la Vistule ou plus modestement comme sur la photo, un ruisseau impromptu, issu du dégel, et y jeter tout l’hiver…

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